Le raku

Publié le par L'atelier Terre et Céramique

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Présentation :
 

Contrairement à une cuisson traditionnelle où on attend que le four se soit complètement refroidi avant de sortir les pièces, la cuisson raku consiste à sortir les pièces entre 800 et 900° Celsius (après avoir atteint la température de cuisson de l'émail).

Les pièces sont alors plongées complètement ou partiellement dans une source de carbone (sciure par exemple) afin de réaliser une cuisson en mode de réduction avec enfumage qui donne des effets aléatoires. On les mouille ensuite pour arrêter le mode de cuisson en réduction et augmenter les craquelures.

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Un peu d'histoire :

Le Raku est une technique de cuisson de poteries d’origine japonaise utilisée autrefois lors de la Cérémonie du Thé dont le rituel était étroitement lié à la philosophie Zen. On émaillait et on cuisait son bol avant de l’utiliser pour boire le Thé.

Dans les années 60 et 70 cette technique a connue une véritable renaissance aux Etats Unis dans le milieu des plasticiens et artistes céramistes. Les conditions spectaculaires lors de la cuisson ainsi que les résultats toujours renouvelés des pièces fabriquées, donnaient lieu a de véritables happenings festifs entre amateurs passionnés. L'Europe a repris le flambeau rapidement et à Aubagne comme ailleurs nous avons été nombreux a succomber à ces instants magiques.
Actuellement cette technique très prisée du public est utilisée par de nombreux céramistes pour la réalisation de diverses pièces allant du simple bol à la sculpture la plus complexe.

Ainsi, cela fait plusieurs années que l'atelier pratique cette technique, et en 2009 nous avons acheté un four spécial qui nous permet de continuer à réaliser régulièrement nous même nos pièces en raku avec toujours autant de plaisir et de surprises...


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Quelques conseils pour nos prochaines séances de raku :

Fabrication

 

On fabrique un objet dans une terre spéciale pour raku (le tournage est délicat à cause de la présence de chamotte qui se transforme en grain abrasif pour les mains).
C'est généralement un grès sous cuit (qui restera ouvert à l'émail) qui comporte de la chamotte (argile cuite ou verre broyé), pour résister aux chocs thermiques.

On évitera de faire des pièces trop épaisses (séchage), trop lourdes (sortie du four avec les pinces), trop grandes (notre four est petit) et on soignera tout particulièrement ses collages ou ses découpes qui sont souvent sources de faiblesse, de fentes et donc de casse (anses, rajouts, trous, découpe...).

Il est de bon gout de jouer avec les différences de traitement de surface. Ainsi on peut faire alterner parties lisses et parties rugueuses (en faisant ressortir le grain de la chamotte), parties émaillées (blanches ou colorées et brillantes) et parties enfumées (noires et mates).

A l'origine les pièces avaient plutôt un aspect «brut de décoffrage» qui participait à l'esthétique générale recherchée.

On peut prévoir des parties accessibles et non émaillées qui serviront à prendre la pièce avec les pinces (pour éviter les marques de la pince sur l'émail).

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Séchage
 

Même si la chamotte présente dans l'argile facilite l'évacuation de l'eau des pièces (on parle alors de terre dégraissée) la poterie doit sécher correctement (à l'abri des courants d'air), plusieurs jours en gérant le séchage avec des plastiques si nécessaire, voir plusieurs semaines pour les pièces de grandes tailles et de fortes épaisseurs.

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Première cuisson
 

Le séchage des pièces à l’air n’en retire pas vraiment toute l’humidité. Ainsi le processus de séchage n’est-il achevé qu’au début de la première cuisson ou biscuitage. On cuit le biscuit entre 800° et 1050° pour qu'il reste bien ouvert à l'émail .
De toutes façons le grès sera forcément sous cuit à ces températures et l'accord parfait entre la terre et l'émail n'est pas du tout ce que nous recherchons lorsque nous faisons des cuissons raku.

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Émaillage
 

Une fois la poterie biscuitée, on va la recouvrir d’une ou plusieurs couches d’émail préparé préalablement. Les émaux de base du raku se composent d’un nombre limité de matériaux servant à la céramique ordinaire. Parmi ceux-ci la céruse, le minium, la silice, le kaolin, le borax et des frittes produites dans le commerce (verres broyés de formule particulière). On peut utiliser les émaux de base tels quels, ou les colorer en leur ajoutant des oxydes. On peut aussi, bien évidemment acheter des émaux et des lustres spéciaux pour le raku dans le commerce.

L’émaillage est une étape infiniment variée et complexe du processus céramique qui nécessite une attention toute particulière.

Malheureusement, c'est une étape qui est souvent bâclée lors des animations raku.

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L'enfournement des pièces pour la cuisson de l'émail

C'est une des particularités de cette technique. Puisqu'on va enlever les pièces du four entre 800 et 900° avec de grandes pinces, il faut penser à laisser la place des pinces entre chaque pièces. On enfourne donc beaucoup moins de pièces à chaque fournée d'une cuisson raku que lors d'une cuisson traditionnelle.

Il peut être pratique de poser certaines pièces sur des briques d'enfournement de différentes hauteurs pour gagner de la place ou faciliter leur saisie avec les pinces.

Même si ce n'est pas le top, on peux placer les pièces plates debout, même si elles ne tiennent pas toutes seules, en les penchant légèrement et en les appuyant sur la brique.

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Tout ce qu'il faut prévoir avant de commencer une séance

- Une  animatrice ou un animateur habilité et en état de marche sans la présence duquel une cuisson ne peut commencer.
- Une grosse ou deux petites bouteilles de gaz Propane pleines. Parfois le gaz gèle dans la première petite bouteille si on tire trop dessus.
- Un four à Raku. C'est souvent ceux fabriqués par les potiers qui sont les plus pratiques : à partir d'un tonneau en métal, équipé de fibres et muni d'une ouverture frontale (permettant d'accéder à plusieurs étages lors du défournement). Malheureusement ces derniers fours ne sont pas homologués et donc fortement déconseillés lors d'animations.
- Un bruleur équipé d'un manomètre pour vérifier la pression.
- La canne pyrométrique et le thermomètre pour vérifier la température.
- Une briquette réfractaire pour boucher l'entrée d'air du registre (le chapeau).
- Une ou deux paires de
longues pinces métalliques.
- Des paires de gants protégeant de la chaleur en quantité (genre moufles de four traditionnel)
- Des masques, tabliers et brassières de protections à la chaleur.
- Une ou deux grosses caisses d'enfumage (les cantines en métal se prètent très bien à cette utilisation) et une ou deux petites caisses (boite à peinture par exemple).
- Des récipients que l'on rempliera d'eau pour nettoyer les pièces.
-  Des trampons jex et produits dagraissants pour nettoyer les pièces.
- Des tableaux de courbes de cuisson et un crayon pour noter et vérifier la bonne maitrise d'une montée en température régulière..
 

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La cuisson d’émail
 

Les émaux de raku fondent et se vitrifient généralement entre 820° et 980°. La montée en température pourra être assez rapide. En fait ça dépend de la taille et de la qualité du four (brique ou fibre) ainsi que de la puissance du bruleur utilisé.

Notre four est en brique, il a une ouverture par le haut (pas forcément le plus pratique puisqu'interdisant les étages lors du défournement), il est modulable en hauteur car composé de trois étages indépendants (on peut donc choisir le nombre d'étage qu'on utilise suivant la place voulue, mais attention on doit toujours utilisé l'étage équipé du trou d'accès pour la canne pyrométrique), et il a un bruleur de moyenne puissance. Un four en brique monte moins vite en température qu'un four en fibre (question d'inertie).

Avec notre four neuf, il faudra donc compter a peu près 1h 30 pour la première montée en température en fonction de la charge utilisée (nombre de pièces et masse à cuire).

Avant de commencer il faut vérifier :
- Que la plaque d'enfournement (sole) soit engobée et surélevée sur les quilles prévues à cet effet (ne pas mettre une quille devant l'entrée des flammes)
- Que le bruleur soit positionné à 2 cm environ de l'orifice, jamais à l'intérieur du four (risque de réduction et/ou émaux brulés et...bruleur foutu !).
- Placer la briquette réfractaire (chapeau) sur le registre du four (ouverture dans le couvercle qui permet de régler la quantité d'air présente dans le four).

En cas de vent, il peut être très utile de protéger la cheminée (réduit l'entrée d'air froid dans le four) et le bruleur (évite à la flamme de s'éteindre) en positionnant des paravents (la briquette et les parpaings sur la photo) :

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Allumage des feux :
Après avoir branché le tuyau équipé du manométre, d'un coté sur la bouteille de gaz et de l'autre coté sur le bruleur, on ouvre la bouteille de gaz (et oui c'est bête mais ça aide), on débloque la sécurité qui est la plus proche du bruleur (en restant appuyé dessus), on approche une flamme et on reste appuyé plusieurs secondes sur la sécurité (après l'allumage) avant de la relacher doucement. Si l'opération ne marche pas, appuyer sur l'autre sécurité (celle qui contôle qu'il n'y a pas de fuite dans le tuyau de gaz).

Au début de la cuisson :
- La manomètre doit être de 0,25 bars de pression.
- Le registre doit être fermé à moitié.

Pendant la cuisson :
La courbe doit être linéaire : si la température baisse ou stagne il faut monter légèrement en pression (au manomètre) et/ou ouvrir un peu le registre. On mène ainsi la montée en température  jusqu'à 500°.
A ce moment, on peut passer la pression à 0,50 bars et ouvrir le registre au 3/4. Il faut éviter de monter plus la pression dans ce four, les émaux ont tendance à devenir ternes, voir grisonnants car la cuisson se passe alors en sur-réduction.

Il est primordial de faire tracer par un des participants une courbe de cuisson qui permet l'apprentissage des stagiaires et sécurise le "Meneur de cuisson". On note en vertical la température et en horizontal la durée (on note parallèlement la pression). En inscrivant tous les quarts d'heures les informations récoltées, on s'assure ainsi que la courbe est bien linéaire.

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Sortie des pièces du four
 

Une fois l’émail parvenu à la température de cuisson on ouvre le four ce qui fait chuter naturellement la température.

Après s'être équipé des protections (penser à attacher les cheveux longs et à ne pas porter de vêtements en nylon ou autres matières inflammables) on extrait une à une les poteries à l’aide des grandes pinces métalliques.
Cette étape est particulièrement délicate puisqu'il s'agit en autre de ne pas casser les pièces très fragiles à ce moment de leur cuisson (en les laissant tomber par exemple) et de ne pas choquer les pièces l'une contre l'autre ce qui pourrait mélanger ou enlever des parties d'émail.

Les pièces plates fabriquées à la plaque sont particulièrement difficiles à saisir avec les pinces sauf si on a prévu des parties spécialement conçues à cet effet, si on arrive à les faire tenir debout toutes seules, ou si on a placé ces pièces à plat, mais sur des petites briques d'enfournement (horloge, dessous de plat, assiètes...).

Attention la brique légère est particulièrement fragile. Il faut donc veiller tout particulièrement à :
- évitez de poser le couvercle sur le sol (brusquement).
- refermez le couvercle aussitôt les pièces sorties du four (après la sortie de deux pièces par exemple).

Attention il faut veiller :
- à avoir une tuyau d'arrosage prêt à fonctionner tout proche.
- à ne pas mettre la paille prêt du four.
- à nettoyer les abords du four de toute matière inflammable...

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Ré enfournement


Entre chaque cuisson, il faudra recharger le four de nouvelles pièces. Il faut attendre le refroidissement normal du four avant de ré enfourner sinon la brique risque de se fissurer, de se fragiliser et au final le four n'offrira plus ses performances (déperdition de chaleur, gaspillage du gaz, montée plus lente...).

Il faudra donc attendre que l'ambiance dans le four soit supportable avant de placer les pièces pour une cuisson supplémentaires (vers 100° par exemple).

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L’enfumage
 

Après avoir sortie les pièces du four on gère le temps où les pièces restent à l'air libre (moment propice à l'apparition des craquelures, attention pour les lustres il faut enfumer les pièces directement), puis on pose les pièces dans le bac d'enfumage où se trouve de la paille ou de la sciure (ou tout autre source de carbone). On soupoudre ou pas les pièces de paille et on referme le récipient avec son couvercle. Les pièces peuvent rester 10 à 20 minutes à l'enfumage par exemple. Si on veut accentuer l'enfumage tout en évitant d'enfumer le voisinage, on peut recouvrir la caisse d'une couverture humide.

Cette technique à pour but :
- de réaliser un mode de cuisson en réduction qui permet d'obtenir des couleurs et effets métalliques supplémentaires par rapport à une cuisson au four électrique (rouge de cuivre par exemple).
- de permettre à la fumée d'envahir les craquelures et de les faire ressortir.

Les résultats peuvent varier considérablement suivant la nature du combustible d'enfumage et sa présentation (fin ou gros, frais ou vieux, humide ou sec), et le type d’enfumage (jeu d’oxydation et de réduction en sortant la poterie de la sciure ou non, en la laissant au contact de l’air avant de l’enfumer).

C'est en grande partie cette étape qui donne la particularité du raku et fait que chaque pièce est unique.

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Le mouillage


En mouillant la pièce, on peut modifier deux paramètres importants (attention toutefois au choc thermique et à la casse provoqué par un tel procédé !) :
- arrêter le mode de cuisson en réduction en débarrassant en partie la pièce des cendres
- augmenter les craquelures en augmentant le choc thermique.

Attention les pièces fragiles, fermées (boites, bouteilles...) ne doivent pas être mouillées pour éviter la casse (choc thermique, pression des vapeurs...). On les ressort simplement du bac d'enfumage, on les pose dans un coin et on les laisse refroidir tranquillement.

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Nettoyage
 

On ne découvrira réellement le résultat final de sa pièce qu’après un long et minutieux nettoyage afin d’enlever tout les dépôts de carbone provoqués par l’enfumage (sorte de mélange de cendres et de suie). Attention l'utilisation d'un abrasif trop puissant pourrait rayer l'émail (paille de fer à exclure).

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Le Repas

Souvent le meilleur moment d'une cuisson raku. Entre convivialité entre les participants, doute sur les prochaines pièces et émerveillement sur certains résultats déjà obtenus.

 

Voilà, reste maintenant à passer à l'action...

Emmanuelle NOT et Michel REYNAUD

 

 

  Comment fabriquer son four raku : 

  • Voir le blog sympa réalisé par Domido

 

Commenter cet article

JUDITH 18/11/2015 21:11

l'animateur ou animatrice en état de marche ????? avant ou aprés apéro????

Reynaud Michel 19/11/2015 09:49

Tout dépend de l'atmosphère régnant pendant la cuisson ;=

dounia 14/10/2015 18:29

Oui

Baudin Bernard 04/04/2010 12:08


bonjour,
je suis étonné que vous annonciez 800 à 900° pour la cuisson raku alors que tout le monde sait qu'il faut monter à 980° pour que la couverte nappe la pièce


Reynaud Michel 19/11/2015 09:47

Nous avons écrit en début d'article : la cuisson raku consiste à sortir les pièces entre 800 et 900° Celsius (après avoir atteint la température de cuisson de l'émail).
Puis plus loin dans le texte : Une fois l’émail parvenu à la température de cuisson on ouvre le four ce qui fait chuter naturellement la température.
Effectivement il faut d'abord monter vers 980° en fonction de l'émail choisi (température habituelle de cuisson des émaux de faïence).

CILLA Josette 26/02/2010 08:55


Un fait remarquable à souligner, c'est que la MJC d'Aubagne permet depuis maintenant 4 ans aux fans du RAKU de notre atelier de découvrir cette technique.


Reynaud Michel 19/11/2015 09:51

Notre dernière animation en date du 14 novembre 2015, sous la direction d'Amandine, a encore été un super moment partagé de création.